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Pourquoi faire des quyens? (travail des positions)

Pendant très longtemps j'ai partagé la vision de Bruce lee sur l'inutilité du travail des taolu (ou kata en japonais). Bruce Lee pensait que le travail des positions était une perte de temps car d'après lui ce type d'entraînement ne permettait de travailler que de façon statique sans aucun rapport avec la réalité du combat.

Si vous connaissez bien la biographie de B.L, vous saurez qu'il a sans doute raison. De par son expérience du combat et sa recherche de l'efficacité pure, il en est ainsi venu à cette conclusion.

Malgré tout, et s'il était encore vivant, j'aurais voulu en discuter avec lui.

Je suis loin d'avoir l'expérience qu'il a eu, que ce soit dans les combats ou dans sa vie, mais, j'ai eu l'occasion de m'entraîner à la fois dans le combat et les quyens. Et ma vision des choses a énormément évolué dans le sens de la pratique des quyens.
Voici les différentes raisons de pratiquer le travail des positions:

Renforcement musculaire

L'un des effets bénéfiques les plus visibles du travail de position, est le renforcement musculaire ou gainage. Il est évident que la partie que l'on sollicite le plus fortement dans une position est le bas du corps car les jambes supportent une grande partie de notre poids. Mais les positions permettent également de travailler d'autres parties telles que les reins, le dos, et le bassin.

Lorsque l'on commence à travailler les quyens, chaque position est passé en revue afin que celle ci soit efficace et que le corps soit en équilibre. Ainsi il est important de prendre son temps, car les positions sont à la base de tous le reste. En règle générale, il est conseillé de commencer par un travail statique des positions, c'est à dire rester pendant un certain temps sur une position afin de renforcer son physique et surtout son mental. Une durée minimum de 5 minutes en position statique est quand même requis pour sentir son "efficacité".

La mémoire corporelle

Dans un quyen, suivant son niveau de complexité, il peut y avoir un certains nombres de mouvements à connaître. Cela peut aller de d'une dizaine de mouvement à une centaines pour les formes de quyens les plus évoluées.
De plus, chaque école possède ses propres quyens et leurs nombres peut varier d'une dizaine à plusieurs dizaines!

Ainsi, il est évident que connaître tous les quyens de sa propre école est ardu et nécessite un travail de longue haleine, qui requiert patience et persévérance. Par exemple, dans mon club, il est nécessaire de connaître un minimum de 6 quyens mains nues et 1 quyen arme. Executer chacun de ses quyens avec les mouvements dans le bon ordre est très difficile, et c'est aussi pour cette raison que cela vaut le coup de s'entraîner. Car s'améliorer dans ce domaine, permet d'améliorer notre mémoire globale, et donc corporelle.

La mémoire corporelle, est quelquechose qui s'apprend avec le temps, à force de patience. Et l'ultime récompense est que le corps, sans se forcer, arrive à restituer ces mouvements, aussi naturellement que si on buvait de l'eau.

La coordination

L'un des points les plus importants dans l'exécution d'un quyen, est la coordination. Finalement peu importe que l'on connaisse par coeur un mouvement, ou que l'on y mette beaucoup de force et de vitesse, si l'ensemble n'est pas coordonnée, n'importe qui pourra voir qu'il ya comme un goût d'inachevé, un peu comme un travail baclé ou d'amateur. Si vous regardez un spectacle de danse par exemple, vous apprécierez beaucoup plus si c'est coordonné que le contraire.

Mais la coordination ne sert pas seulement à se discipliner soi même ou pour montrer la beauté du geste, cela permet aussi d'optimiser la puissance, la vitesse et l'énergie dépensé pour réaliser les enchaînements, et cela, sans forcer le corps.

En effet, comme dans n'importe quel sport, faire un mouvement de façon désordonné et forcé aboutit rarement à un résultat satisfaisant. De plus, si vous tenter un mouvement mal coordonnée et que vous persister dans cette voie, je suis sûr à 80% que vous aurez des séquelles physiques telles que le "mal de dos" etc..

L'organisation spatiale

Qu'entend t-on par organisation spatiale? Eh bien tout simplement la capacité d'avoir une vision de son espace et de le gérer.

Souvent les quyens sont associés aux katas ou aux taolus. Et dans l'esprit des gens, la première utilité pratique d'un quyen est de savoir se défendre contre un ou plusieurs adversaires. Ceci est partiellement vrai car à la base c'est surtout pour donner l'occasion de s'entraîner à utiliser les techniques.

En quoi les quyens sont utiles pour améliorer sa vision de l'espace? Eh bien, la plupart des enchaînements de positions sont réalisées dans des axes différents, diagonales, lignes droites, latérales, etc...et l'ordre de ceux ci est extrêmement importante car, la règle la plus importante lorsqu'on execute un quyen devant un jury est de pouvoir finir son quyen au point de départ.

Il faut ainsi pouvoir se préparer mentalement comme un professionnel sportif, à visualiser, projeter sa performance. Ces actions sont très positifs dans le développement cognitif.

L'efficacité en combat réel

Les positions, tout comme dans n'importe quel sport, implique un bon placement du corps selon le contexte de l'action. Pourquoi systématiquement reculer lorsqu'un adversaire donne un coup, alors qu'on pourrait utiliser une position adaptée?

Tout d'abord, reculer sur une action de l'adversaire n'est pas une bonne réponse. En effet, reculer ne fais que donner de la distance à l'adversaire, et donc lui laisser le champs disponible pour enchaîner sur une autre technique. De plus, faire cela ne vous laisse aucune ouverture pour votre contre attaque.

Que faire alors? si on vous donne un coup de poing, comment réagirez vous? La réaction la plus normale et la plus instinctive est de reculer alors qu'il y aurait une ouverture toute simple juste en position basse. On pourrait ainsi imaginer donner un coup de poing en même temps que l'execution de cette position.

Ainsi, pour résumer une position sert à économiser du temps et créer une ouverture dans la contre attaque. Cependant, être capable de réagir instinctivement nécessite un entraînement régulier.